Le scénario est classique. Vous êtes propriétaire, vous visez un logement plus grand, mieux placé ou mieux adapté, et le bien que vous convoitez ne vous attendra pas le temps que le vôtre trouve preneur. Le prêt relais existe précisément pour cette situation : la banque vous avance une partie de la valeur de votre bien actuel afin que vous puissiez signer chez le notaire sans attendre la vente.
C'est un outil efficace, mais ce n'est pas un crédit anodin. Il repose sur une hypothèse forte : que votre bien se vendra, dans un délai donné, à un prix donné. Ce guide détaille le fonctionnement réel du prêt relais, son coût, les quotités appliquées par les banques, les risques concrets et les alternatives lorsque le montage ne passe pas.
Qu'est-ce qu'un prêt relais ?
Le prêt relais est un crédit de courte durée, dit in fine, qui vous avance une fraction de la valeur de votre bien immobilier actuel dans l'attente de sa vente. Contrairement à un prêt amortissable, vous ne remboursez pas de capital pendant la durée du contrat. Le capital est intégralement remboursé en une fois, au moment de la signature de l'acte de vente de votre ancien logement.
Trois caractéristiques le distinguent d'un crédit immobilier classique :
- Une durée courte : 12 mois, renouvelable une fois, soit 24 mois au maximum dans la plupart des établissements.
- Un remboursement en une seule fois : le capital est soldé par le produit de la vente, sans indemnité de remboursement anticipé sur la partie relais.
- Une garantie prise sur le bien à vendre : hypothèque ou privilège de prêteur de deniers, plus rarement une caution d'organisme.
Combien la banque avance-t-elle réellement ?
C'est le premier point qui surprend les emprunteurs. La banque ne vous avance jamais 100 % de la valeur de votre bien. Elle applique une décote destinée à couvrir le risque d'une vente à un prix inférieur à l'estimation.
Les quotités observées sur le marché s'échelonnent entre 50 % et 80 % de la valeur estimée, avec une pratique majoritaire autour de 70 %. Deux éléments font varier ce curseur :
- La liquidité du bien. Un appartement en centre-ville d'une métropole obtient une quotité plus élevée qu'une maison atypique en zone rurale, où le délai de vente est plus incertain.
- L'avancement de la vente. Si un compromis de vente est déjà signé, la quotité peut monter à 90 % voire 95 % du prix net vendeur : le risque de valorisation a disparu, il ne reste que le risque de non-réalisation des conditions suspensives.
Point essentiel : le capital restant dû sur le crédit en cours est déduit du montant avancé. Un bien estimé 300 000 € avec 80 000 € de capital restant dû ne dégagera pas 210 000 € de relais à 70 %, mais 130 000 €.
Les trois formes de prêt relais
1. Le prêt relais sec
Le bien que vous achetez coûte moins cher que celui que vous vendez, et l'avance de la banque suffit à financer l'acquisition sans crédit complémentaire. C'est le cas typique d'un couple qui quitte une maison familiale pour un appartement plus petit. Ce montage est le plus simple, mais paradoxalement pas le plus apprécié des banques : il génère peu de marge, puisqu'il n'y a pas de prêt amortissable long derrière.
2. Le prêt relais adossé
C'est la configuration la plus fréquente. L'avance relais ne couvre qu'une partie du prix du nouveau bien, elle est donc complétée par un prêt amortissable classique sur 15, 20 ou 25 ans. Vous remboursez la mensualité du prêt long dès le départ, à laquelle s'ajoutent les intérêts du relais jusqu'à la vente.
3. Le prêt relais rachat, ou relais intégré
Certaines banques proposent de fondre l'ensemble dans une seule enveloppe : capital restant dû de l'ancien crédit, avance relais et financement du nouveau bien. Une mensualité unique est calculée, puis recalculée après la vente sur le capital résiduel. Le montage simplifie la gestion et lisse l'effort mensuel, mais il est plus rigide et souvent plus coûteux à l'arrivée.
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Le taux d'un prêt relais est généralement légèrement supérieur à celui d'un prêt amortissable de même profil, l'écart constaté allant de quelques dixièmes de point à un point selon les établissements et la qualité du dossier. Mais le vrai sujet n'est pas le taux affiché : c'est le mode de règlement des intérêts.
Franchise partielle
Vous payez chaque mois les intérêts du prêt relais, sans amortir le capital. La mensualité est faible, mais elle s'ajoute à celle du prêt amortissable et pèse immédiatement sur votre budget et sur votre taux d'endettement.
Franchise totale
Vous ne payez rien pendant toute la durée du relais. Les intérêts sont capitalisés et réglés en une fois lors de la vente. Le confort de trésorerie est réel, mais le coût final est plus élevé, puisque les intérêts produisent eux-mêmes des intérêts. Cette formule n'est pas systématiquement accordée : elle dépend de la solidité du dossier.
Les frais annexes à ne pas oublier
- Les frais de garantie sur le bien à vendre, hypothèque ou privilège de prêteur de deniers, avec des frais de mainlevée éventuels.
- L'assurance emprunteur, calculée sur le capital du relais pendant toute sa durée.
- Les frais de dossier, parfois doublés lorsque relais et prêt amortissable font l'objet de deux contrats distincts.
Exemple chiffré
Prenons un bien actuel estimé 300 000 €, avec 60 000 € de capital restant dû, et une acquisition à 400 000 €. Voici l'impact des différentes quotités bancaires.
| Quotité retenue | Avance brute | Relais net | Prêt long à prévoir |
|---|---|---|---|
| 50 % (bien peu liquide) | 150 000 € | 90 000 € | 310 000 € |
| 70 % (cas standard) | 210 000 € | 150 000 € | 250 000 € |
| 90 % (compromis signé) | 270 000 € | 210 000 € | 190 000 € |
La lecture est nette : entre une quotité à 50 % et une quotité à 90 %, le prêt amortissable à souscrire varie de 190 000 € à 310 000 €, soit une différence de mensualité de plusieurs centaines d'euros. Obtenir un compromis signé avant de déposer le dossier change donc radicalement l'équation, hors frais de notaire et frais annexes non intégrés ici.
Prêt relais et taux d'endettement : le point de blocage
Pendant la période de chevauchement, la banque additionne trois charges : la mensualité du crédit en cours sur le bien à vendre, les intérêts du prêt relais et la mensualité du nouveau prêt amortissable. Le tout doit rester compatible avec la limite de 35 % de taux d'endettement fixée par le Haut Conseil de Stabilité Financière, recommandée en janvier 2021 et juridiquement contraignante depuis le 1er janvier 2022.
C'est là que beaucoup de dossiers achoppent. Deux leviers existent :
- La franchise totale, qui supprime les intérêts du relais des charges mensuelles chez certains établissements, même si les pratiques d'analyse varient d'une banque à l'autre.
- Les dérogations HCSF. Les banques disposent d'un quota de 20 % de leur production de crédit pour dépasser le seuil, dont au moins 80 % doit bénéficier à des acquisitions de résidence principale et au moins 30 % de cette part à des primo-accédants. Un achat revente en résidence principale entre dans le champ de ces dérogations.
Si vous conservez par ailleurs un bien locatif, sachez que les loyers sont généralement retenus à hauteur de 70 % de leur montant brut. Pour aller plus loin sur ce calcul, notre guide dédié au taux d'endettement de 35 % détaille la méthode banque par banque.
Les risques réels du prêt relais
Le bien ne se vend pas dans les délais
C'est le risque numéro un. À l'échéance des 24 mois, le capital devient exigible. Vous disposez alors de trois options : négocier une prolongation, ce qui suppose presque toujours de baisser votre prix de vente ; transformer le relais en prêt amortissable, si votre taux d'endettement absorbe la nouvelle mensualité ; ou vendre dans l'urgence, avec une décote qui peut dépasser 10 % du prix espéré.
L'estimation de départ était trop optimiste
Un prêt relais calé sur une estimation gonflée est un piège différé. Si le bien part 30 000 € en dessous, la différence sort de votre poche au moment du remboursement. Faites estimer par au moins trois professionnels, et retenez la fourchette basse pour bâtir votre plan de financement.
Le marché se retourne pendant la période
Vous ne maîtrisez ni les taux ni les délais de vente moyens de votre secteur. Une clause de vente au prix plancher, un mandat exclusif bien négocié et une mise en vente lancée avant même la demande de financement réduisent nettement cette exposition.
Cinq alternatives au prêt relais
1. Vendre d'abord, acheter ensuite
L'option la plus sûre financièrement. Elle impose une solution de logement transitoire, location courte durée ou hébergement, mais elle supprime tout risque de double charge et vous place en position d'acheteur comptant, argument de négociation réel sur le prix.
2. La clause suspensive de vente dans le compromis
Vous signez le compromis d'achat en conditionnant la réalisation à la vente de votre bien actuel. Peu de vendeurs l'acceptent sur un marché tendu, mais la clause coûte zéro euro et protège intégralement. À tenter systématiquement avant d'envisager un relais.
3. Le prêt achat revente
Proposé par des établissements spécialisés, il rachète l'ensemble de vos encours et intègre l'avance dans un crédit unique, avec une mensualité recalculée après la vente. Il s'apparente à un regroupement de crédits adossé à l'opération. Plus souple sur la durée, généralement plus coûteux en frais.
4. Renforcer l'apport plutôt que d'emprunter le pont
Si vous disposez d'une épargne mobilisable, financer la différence par un apport renforcé évite le relais et son coût. Sur les dossiers atypiques, un apport de 20 % à 30 % du prix change souvent la lecture de la banque. Notre article sur l'apport personnel détaille les niveaux attendus selon les profils.
5. La location temporaire de votre bien actuel
Mettre votre logement en location plutôt que le vendre transforme une charge en revenu partiellement retenu par la banque, à hauteur de 70 % du loyer brut. Cela suppose que le nouveau financement tienne sans le produit de la vente, mais c'est une piste sérieuse quand le marché local est défavorable au vendeur et favorable au bailleur.
Monter un dossier de prêt relais solide
Quelques réflexes font la différence entre un accord et un refus :
- Mettre le bien en vente avant de déposer le dossier. Une annonce active, des visites en cours, a fortiori une offre reçue, rassurent l'analyste crédit.
- Fournir plusieurs estimations écrites émanant d'agences différentes, plutôt qu'une seule évaluation flatteuse.
- Documenter votre épargne de précaution. La banque veut voir que vous pouvez encaisser six à douze mois de charges si la vente traîne.
- Anticiper la sortie. Présenter d'emblée le scénario de repli, transformation en amortissable ou baisse de prix programmée, démontre une maîtrise du risque.
- Pour les travailleurs non salariés, préparer 2 exercices clôturés minimum, les bilans et les avis d'imposition correspondants.
Toutes les banques ne traitent pas le prêt relais de la même façon. Les quotités, les durées, l'acceptation de la franchise totale et la manière d'intégrer les intérêts dans le taux d'endettement varient fortement d'un établissement à l'autre, et évoluent au fil de l'année selon leurs objectifs de production. Un mandataire IOBSP connaît ces politiques d'octroi à un instant donné et oriente le dossier vers l'établissement dont la grille correspond à votre configuration. Si vous avez déjà essuyé un refus, notre article sur la marche à suivre après un crédit refusé vous donne la méthode pour relancer le projet.
Questions fréquentes
Acheter avant d'avoir vendu, sans se piéger
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