Avant même de regarder votre projet, votre apport ou la valeur du bien, les banques effectuent un calcul simple : celui de votre taux d'endettement. Ce ratio conditionne l'accès au crédit pour la quasi-totalité des emprunteurs en France. Pourtant, sa mécanique exacte, comment les revenus sont retenus, quelles charges entrent dans la formule, et quelles marges de manœuvre existent, reste souvent mal comprise.

Ce guide détaille les règles réelles appliquées par les établissements bancaires, les pièges à éviter et les six leviers concrets pour optimiser votre taux d'endettement avant de déposer votre dossier.

Qu'est-ce que le taux d'endettement ?

Le taux d'endettement mesure la part de vos revenus nets mensuels consacrée au remboursement de vos crédits. La formule est simple :

Taux d'endettement = (Total des mensualités de crédit ÷ Revenus nets mensuels) × 100

La règle des 35 % est encadrée par le Haut Conseil de Stabilité Financière (HCSF), qui l'a recommandée en janvier 2021 avant de la rendre juridiquement contraignante au 1er janvier 2022. Cette norme s'impose aux banques françaises pour au moins 80 % de leur production de crédit. Les 20 % restants peuvent faire l'objet de dérogations, selon des critères précis que nous détaillons plus bas.

Avant cette réglementation, le seuil était une recommandation informelle. Aujourd'hui, le dépasser sans dérogation expose la banque à des sanctions prudentielles, ce qui explique pourquoi les conseillers bancaires y sont particulièrement attentifs.

Comment les banques calculent vos revenus

C'est là que beaucoup d'emprunteurs se font surprendre. Les revenus retenus par les banques ne correspondent pas nécessairement à ce qui arrive sur votre compte chaque mois.

Revenus pris en compte

  • Le salaire net imposable (hors primes exceptionnelles non contractuelles) pour les salariés en CDI.
  • Les revenus locatifs, généralement retenus à 70 % de leur montant brut pour intégrer les risques de vacance locative et les charges non déductibles. Certains établissements appliquent une méthode différente dite "différentielle".
  • Les pensions alimentaires reçues, lorsqu'elles sont justifiées et régulières.
  • Les revenus de rente stables et pérennes.

Revenus généralement exclus

  • Les primes variables non contractuelles (bonus, intéressement, participation).
  • Les revenus financiers non réguliers (plus-values, dividendes dans la plupart des banques de réseau).
  • Les allocations familiales (certains établissements les intègrent partiellement, d'autres non).
  • Les indemnités chômage, sauf dans des cas très spécifiques.

Cas particulier des TNS

Pour les travailleurs non salariés, auto-entrepreneurs, gérants, professions libérales, artisans, la banque ne retient pas le revenu du mois en cours. Elle calcule la moyenne des revenus nets imposables sur les 2 ou 3 derniers exercices clôturés, tels qu'ils apparaissent dans les bilans et les déclarations fiscales.

Si la tendance est clairement haussière, certains établissements acceptent de retenir le dernier exercice seul. En revanche, en cas de baisse d'une année à l'autre, c'est généralement le chiffre le plus faible, ou la moyenne, qui est retenu. Cette asymétrie pénalise fortement les profils dont les revenus ont chuté ponctuellement avant de remonter.

Comment les banques calculent vos charges

La règle est claire : entrent dans le calcul toutes les mensualités de crédits en cours, auxquelles s'ajoute la mensualité du nouveau prêt demandé.

  • Crédits à la consommation (prêt personnel, crédit renouvelable utilisé, rachat de crédit).
  • Crédit auto.
  • Crédits immobiliers existants (résidence principale ou investissement locatif).
  • La mensualité du crédit immobilier que vous sollicitez, assurance emprunteur comprise.
  • Le loyer futur, si vous conservez un bien en location et continuez à résider ailleurs.

Ce qui n'est pas comptabilisé

  • Le loyer que vous payez actuellement si vous cessez d'être locataire après l'achat, ce n'est pas une charge de crédit.
  • Les charges courantes (électricité, téléphone, alimentation, abonnements).
  • Les impôts, ils n'entrent pas dans le taux d'endettement, mais influencent le reste à vivre (voir ci-dessous).

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Exemple chiffré

Pour illustrer concrètement l'impact du taux d'endettement, voici quelques situations types :

Situation Revenus nets Charges crédit Taux
Salarié seul 3 000 € 900 € 30 % ✅
Salarié + crédit conso 3 000 € 1 100 € 36,7 % ❌
Couple CDI 5 500 € 1 800 € 32,7 % ✅
TNS revenus retenus 4 000 € 1 350 € 33,8 % ✅

Notez que pour le salarié avec un crédit conso de 200 €/mois, le simple ajout de cette charge fait basculer le taux au-dessus du seuil réglementaire. Solder ce crédit avant de déposer le dossier peut suffire à débloquer la situation.

Le reste à vivre, l'autre critère que les banques regardent

Au-delà du taux d'endettement, les banques calculent systématiquement le reste à vivre : c'est la somme qui vous reste chaque mois après déduction de toutes vos charges de crédit et de votre loyer éventuel. Ce critère prend de plus en plus d'importance dans l'analyse des dossiers, notamment pour justifier les dérogations au-delà de 35 %.

Les seuils généralement attendus varient selon les établissements, mais les fourchettes observées sont les suivantes :

  • Personne seule : 700 à 900 €/mois minimum.
  • Couple sans enfant : 1 200 à 1 500 €/mois.
  • Par enfant à charge supplémentaire : + 300 à 400 € par enfant.

Un ménage avec des revenus élevés peut donc obtenir une dérogation au-delà des 35 % si son reste à vivre est confortable. À l'inverse, un emprunteur à 34 % d'endettement mais avec un reste à vivre insuffisant peut se voir refuser le financement.

6 stratégies pour optimiser votre taux d'endettement

1. Rembourser les petits crédits avant de déposer le dossier

C'est souvent le levier le plus efficace et le plus immédiat. Un crédit à la consommation à 200 €/mois peut amputer votre capacité d'emprunt de 30 000 à 40 000 € selon les taux en vigueur. Si vous disposez d'une épargne disponible, utilisez-la pour solder vos crédits en cours avant de solliciter les banques, même si cela réduit légèrement votre apport.

2. Allonger la durée du crédit

Passer de 20 à 25 ans réduit mécaniquement la mensualité, donc le taux d'endettement. L'impact est significatif : sur un emprunt de 200 000 € à 3,5 %, la mensualité passe d'environ 1 160 € à 1 000 €. Cela se fait au prix d'un coût total du crédit plus élevé, mais peut permettre de franchir le seuil des 35 %.

3. Emprunter à deux

Intégrer un co-emprunteur permet de diviser les charges par les revenus combinés. Deux revenus de 2 500 € nets sont toujours plus solides qu'un seul revenu de 5 000 € aux yeux de la banque, la diversification des sources de revenus réduit le risque perçu.

4. Utiliser la méthode différentielle pour l'investissement locatif

Certaines banques pratiquent la méthode différentielle pour les investissements locatifs : plutôt que d'additionner la mensualité du prêt locatif au numérateur, elles soustraient les revenus locatifs de la mensualité avant de l'intégrer dans le calcul. Si vos revenus locatifs couvrent partiellement ou totalement la mensualité, votre taux d'endettement s'en trouve considérablement allégé.

5. Négocier l'assurance emprunteur

L'assurance emprunteur est intégrée dans la mensualité retenue pour le calcul. Une délégation d'assurance (choisir une assurance externe moins chère que celle de la banque) peut réduire la mensualité totale et faire baisser votre taux d'endettement calculé. La loi Lemoine (2022) facilite cette démarche à tout moment.

6. Regroupement de crédits

Si vous avez plusieurs crédits en cours (auto, conso, immobilier), un regroupement de crédits permet de les fusionner en un seul, avec une mensualité unique inférieure à la somme des mensualités actuelles. Cela allonge la durée totale de remboursement, mais réduit immédiatement le taux d'endettement calculé par la banque qui instruit votre nouveau dossier.

Les dérogations HCSF : qui peut en bénéficier ?

La règle des 35 % n'est pas absolue. Les banques disposent d'un quota de 20 % de leur production de crédit pour financer des dossiers dépassant ce seuil. Ce quota est encadré : au moins 80 % de ces dérogations doivent bénéficier à des acquéreurs de résidence principale, dont au moins 30 % à des primo-accédants.

En pratique, les profils qui bénéficient le plus souvent de ces dérogations sont :

  • Les primo-accédants achetant leur résidence principale avec un dossier solide et un reste à vivre confortable.
  • Les ménages à hauts revenus dont le reste à vivre reste très élevé malgré un taux d'endettement supérieur à 35 %.
  • Les profils avec un fort apport personnel (30 % ou plus), qui réduisent significativement le risque pour l'établissement prêteur.

Toutes les banques ne gèrent pas leur quota de la même façon. Certaines l'ont consommé en début d'année, d'autres en ont encore de la marge. Un mandataire IOBSP sait quels établissements disposent encore de leur enveloppe de dérogation à un moment donné, une information qui peut faire la différence entre un refus et une acceptation.

Alexis Strebel

Alexis Strebel

Fondateur · Mandataire IOBSP · Hidya Access

Questions fréquentes

Il s'agit d'une norme réglementaire édictée par le Haut Conseil de Stabilité Financière (HCSF), recommandée en janvier 2021 et juridiquement contraignante depuis le 1er janvier 2022. Les banques sont tenues de la respecter pour au moins 80 % de leur production de crédit. Les 20 % restants peuvent bénéficier de dérogations, notamment pour les primo-accédants ou les ménages à forts revenus avec un reste à vivre élevé.
Non. Le loyer que vous payez actuellement en tant que locataire n'est pas intégré dans les charges de crédit retenues pour calculer votre taux d'endettement. Seules les mensualités de crédits (immobilier, conso, auto) comptent. En revanche, si vous conservez un bien en location après l'achat et continuez à payer un loyer ailleurs, la situation peut être différente selon les banques.
Oui, c'est possible dans le cadre des dérogations HCSF. Chaque banque dispose d'un quota de 20 % de sa production de crédit pour financer des dossiers dépassant le seuil, en priorité les primo-accédants et les ménages disposant d'un fort reste à vivre. En pratique, des profils à 36–38 % d'endettement peuvent obtenir un financement si le reste à vivre est suffisant et le dossier solide.
Un mandataire IOBSP connaît les politiques d'octroi de ses établissements partenaires : quelles banques utilisent leurs quotas de dérogation, lesquelles intègrent les revenus locatifs à 70 % ou 100 %, ou encore celles qui valorisent le reste à vivre plutôt que le ratio strict d'endettement. Il peut aussi identifier les leviers à activer avant le dépôt du dossier (remboursement d'un crédit conso, regroupement de crédits, durée du prêt) pour faire passer votre taux sous le seuil des 35 %.
Oui. Toutes les mensualités de crédits en cours, crédit auto, crédit à la consommation, prêt personnel, crédit immobilier existant, sont intégrées dans le calcul de votre taux d'endettement. C'est pourquoi il est souvent conseillé de solder les petits crédits avant de déposer un dossier de crédit immobilier : même une mensualité de 150–200 € peut réduire significativement votre capacité d'emprunt.

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