Commençons par la réponse directe : oui, il est possible d'acheter sans CDI. Aucune disposition réglementaire n'impose un contrat à durée indéterminée pour accéder au crédit immobilier. Les critères qui s'imposent aux banques, notamment la limite de 35 % d'endettement fixée par le Haut Conseil de Stabilité Financière, ne mentionnent à aucun moment la nature du contrat de travail.

Ce qui bloque, ce n'est donc pas la loi, c'est la politique d'octroi interne de chaque établissement. Or ces politiques varient énormément d'une banque à l'autre, et même d'une région à l'autre au sein d'un même réseau. Un dossier refusé sans discussion dans une agence peut être accepté ailleurs avec exactement les mêmes pièces. Encore faut-il savoir où frapper et comment présenter le dossier.

Ce que la banque cherche vraiment derrière le CDI

Le CDI n'est qu'un raccourci d'analyse. Quand un conseiller le réclame, il cherche en réalité trois choses : la régularité du revenu, sa pérennité sur la durée du prêt, et la capacité de rebond de l'emprunteur en cas de perte d'activité.

C'est une bonne nouvelle pour les contrats courts, car ces trois éléments se démontrent autrement que par un type de contrat. Un intérimaire du BTP avec 4 ans d'activité continue et 2 800 € de revenu moyen mensuel présente objectivement moins de risque qu'un salarié en CDI depuis 4 mois dans une entreprise en difficulté. Le rôle du dossier est de rendre cette réalité visible et chiffrable.

Concrètement, l'analyste crédit va reconstituer votre historique de revenus sur 24 à 36 mois à partir de vos avis d'imposition, de vos bulletins de salaire et de vos relevés bancaires. Cette reconstitution, c'est le vrai sujet du dossier. Elle prime sur l'intitulé du contrat en cours.

CDD : les règles réellement appliquées

L'ancienneté attendue

La règle observée le plus fréquemment est celle des 2 à 3 années de revenus continus dans la même branche d'activité, ou chez le même employeur en cas de CDD renouvelés. Certains établissements se contentent de 2 ans lorsque l'emploi relève d'un secteur en tension, d'autres exigent 3 exercices fiscaux complets sans interruption significative.

Cette logique est proche de celle appliquée aux indépendants, à qui les banques demandent au minimum 2 exercices clôturés. Dans les deux cas, l'idée est la même : sans garantie contractuelle de durée, c'est l'historique qui fait foi. Nous détaillons ce mécanisme dans notre guide sur le crédit immobilier des travailleurs non salariés.

Les profils CDD les mieux accueillis

  • Les agents contractuels de la fonction publique (hospitalière, territoriale, éducation nationale), dont la continuité d'emploi est jugée très forte.
  • Les CDD longs renouvelés chez le même employeur, en particulier lorsqu'une perspective de titularisation ou de passage en CDI est écrite.
  • Les métiers en tension : santé, BTP, logistique, restauration, informatique, où la réemployabilité est immédiate.
  • Les intermittents du spectacle disposant de 3 années d'activité stable et d'un statut à jour.

Les points qui font échouer un dossier CDD

Les motifs de refus reviennent avec une régularité frappante : des périodes d'inactivité non expliquées entre deux contrats, un changement récent de secteur d'activité, une baisse de revenus d'une année sur l'autre, ou un contrat en cours dont la fin tombe avant la date de déblocage des fonds. Ce dernier point est souvent sous-estimé : plusieurs banques exigent que le contrat couvre encore au moins 6 mois au moment de l'édition de l'offre de prêt.

Intérim : la moyenne prime sur le pic

Pour les intérimaires, la question n'est pas de savoir si le financement est possible, mais quel revenu sera retenu. Les banques appliquent presque toujours une moyenne sur 24 ou 36 mois, calculée à partir des revenus nets imposables. Les mois exceptionnels ne sont pas retenus tels quels, et les périodes d'intercontrat viennent mécaniquement tirer la moyenne vers le bas.

Le seuil d'entrée le plus courant est de 18 mois d'activité continue, la majorité des établissements demandant plutôt 3 ans. Deux pièces changent la perception du dossier :

  • Une attestation de l'agence d'intérim mentionnant l'ancienneté, le volume de missions réalisées et les perspectives de missions à venir.
  • Le récapitulatif annuel des missions, qui matérialise la continuité et le faible taux d'intercontrat.

Un intérimaire qui présente 36 mois d'activité avec moins de 3 semaines cumulées sans mission par an dispose d'un argumentaire objectivement solide. Encore faut-il le formaliser dans le dossier plutôt que de laisser l'analyste le déduire lui-même.

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Période d'essai : le cas le plus délicat

C'est la situation la plus tendue, et pour une raison simple : pendant la période d'essai, le contrat peut être rompu sans motif par l'une ou l'autre des parties. Un CDI en période d'essai offre donc moins de sécurité juridique qu'un CDD arrivant à son terme dans 8 mois.

En pratique, la majorité des banques attendent la confirmation écrite de la fin de période d'essai avant d'éditer l'offre de prêt. Trois configurations passent néanmoins plus facilement :

  • La mobilité interne au sein du même groupe ou de la même entreprise, sans rupture de contrat.
  • Le changement de poste dans le même secteur, sans interruption entre les deux emplois, avec une progression de rémunération documentée.
  • Le dossier porté par un co-emprunteur dont les revenus supportent seuls la mensualité dans la limite des 35 % d'endettement.

Si votre compromis de vente est déjà signé et que la période d'essai s'achève dans les semaines qui viennent, l'enjeu devient calendaire. Il faut alors caler la demande de prêt sur la date de confirmation, en veillant aux délais de la condition suspensive de financement.

Tableau récapitulatif par situation

Situation Ancienneté attendue Revenu retenu Apport visé
CDD fonction publique 2 ans Salaire net imposable 15 à 20 %
CDD secteur privé 2 à 3 ans Moyenne 24 mois 20 %
Intérim 18 mois à 3 ans Moyenne 24 à 36 mois 20 à 30 %
CDI en période d'essai Fin d'essai confirmée Salaire du contrat 15 à 20 %

Ces repères correspondent aux pratiques les plus fréquemment observées. Ils ne constituent ni un barème officiel ni un engagement : chaque établissement conserve sa propre grille et l'analyse reste individuelle.

Les cinq leviers qui compensent l'absence de CDI

1. L'apport personnel

C'est le levier le plus puissant. Un apport de 15 à 20 % couvre les frais de notaire et de garantie et réduit la quotité financée. Sur les profils jugés atypiques, dont les contrats courts, les banques poussent souvent jusqu'à 30 %. Notre guide sur l'apport personnel en crédit immobilier détaille ce que les établissements acceptent comme apport et ce qu'ils écartent.

2. L'épargne résiduelle

Ce que vous conservez après l'achat pèse presque autant que ce que vous injectez dedans. Garder l'équivalent de 6 mois de mensualités sur un compte disponible démontre une capacité d'absorption en cas d'intercontrat. Pour un contrat court, c'est souvent l'argument qui fait basculer un comité de crédit.

3. Un taux d'endettement volontairement bas

Viser 28 ou 30 % plutôt que le maximum de 35 % change la lecture du dossier. Les règles de calcul du taux d'endettement restent identiques, mais la marge que vous laissez au-dessus du seuil se lit comme un coussin de sécurité. Solder un crédit à la consommation avant le dépôt du dossier produit ici un effet immédiat.

4. Le co-emprunteur

Deux revenus valent mieux qu'un, et cela vaut doublement quand l'un des deux contrats est court. La configuration idéale reste celle où le revenu du co-emprunteur en poste stable supporte seul la mensualité dans la limite des 35 %. Le contrat court devient alors un revenu de confort et non le pilier du remboursement.

5. La tenue des comptes

Les 3 derniers relevés bancaires sont lus ligne à ligne. Aucun découvert, aucun rejet de prélèvement, aucune dépense de jeux d'argent, et une épargne alimentée régulièrement : sur un dossier sans CDI, ces détails ne sont pas des détails. Ils constituent la preuve comportementale que l'analyste cherche à défaut de garantie contractuelle.

Les pièces à réunir avant de démarcher

  • Les 3 derniers avis d'imposition, qui matérialisent la continuité des revenus.
  • Les 12 derniers bulletins de salaire, ou l'ensemble des bulletins de mission pour l'intérim.
  • Le contrat en cours et, si possible, les contrats précédents sur 24 mois.
  • Une attestation employeur ou agence précisant l'ancienneté et les perspectives.
  • Les 3 derniers relevés de tous vos comptes bancaires, y compris ceux détenus ailleurs.
  • Les justificatifs d'épargne et de l'origine des fonds constituant l'apport.

Si vous avez déjà essuyé un refus, ne relancez pas le même établissement avec le même dossier. Notre article sur les étapes à suivre après un crédit refusé explique comment identifier le motif réel et reconstruire une candidature crédible.

Pourquoi passer par un courtier spécialisé

Sur les contrats courts, l'écart entre les politiques d'octroi est considérable. Certaines banques régionales financent des intérimaires avec 18 mois d'ancienneté, d'autres refusent tout contrat non permanent quelle que soit l'ancienneté. Cette information n'est publiée nulle part et évolue plusieurs fois par an, notamment en fonction de la consommation des quotas de dérogation au seuil de 35 %.

Un courtier travaille avec un réseau d'établissements dont il connaît les grilles à jour. Son travail consiste à orienter le dossier vers les guichets réellement ouverts à votre situation, à reconstituer votre historique de revenus dans un format lisible pour l'analyste, et à anticiper les objections avant qu'elles ne se transforment en refus. Aucun professionnel ne peut promettre un accord : la décision appartient à la banque. Ce qui se travaille, c'est la qualité de la présentation et le ciblage des interlocuteurs.

Chez Hidya Access, le premier rendez-vous de diagnostic est gratuit et sans engagement. En cas de mandat, les honoraires sont communiqués et acceptés avant toute signature.

Alexis Strebel

Alexis Strebel

Fondateur · Mandataire IOBSP · Hidya Access

Questions fréquentes

Oui, aucune règle légale ne réserve le crédit immobilier aux salariés en CDI. Les banques cherchent une régularité de revenus, pas un type de contrat. En CDD, elles regardent l'ancienneté dans la même branche ou chez le même employeur, en général 2 à 3 ans de revenus continus justifiés par les avis d'imposition et les bulletins de salaire, ainsi que l'absence de trous prolongés entre deux contrats. Les CDD de la fonction publique, les contrats longs renouvelés et les secteurs en tension sont les mieux acceptés.
La plupart des établissements demandent au minimum 18 mois d'activité continue en intérim, et beaucoup se positionnent plutôt sur 3 exercices fiscaux complets. Le revenu retenu n'est presque jamais le meilleur mois : la banque calcule une moyenne sur les 24 ou 36 derniers mois, parfois minorée si l'activité est irrégulière. Une attestation de l'agence d'intérim précisant le volume de missions, l'ancienneté et les perspectives renforce nettement le dossier.
C'est possible mais difficile, car la période d'essai permet une rupture sans motif de part et d'autre. La majorité des banques attendent la confirmation écrite de la fin de période d'essai avant d'éditer l'offre de prêt. Deux situations passent plus facilement : une mobilité interne au sein du même groupe, ou un changement de poste dans le même secteur sans interruption de carrière. Un co-emprunteur en poste stable ou un apport renforcé peuvent également compenser.
L'apport recommandé se situe entre 15 et 20 % du prix du bien pour couvrir les frais de notaire, les frais de garantie et une partie du capital. Sur les dossiers considérés comme atypiques, dont les contrats courts et l'intérim, les banques demandent souvent jusqu'à 30 %. Un point compte autant que le montant : conserver une épargne résiduelle après l'achat, idéalement 6 mois de mensualités, rassure fortement l'analyste crédit.
Il aide beaucoup mais ne suffit pas toujours. La banque analyse le couple emprunteur dans son ensemble : si le revenu du conjoint en CDI supporte seul la mensualité tout en respectant les 35 % d'endettement, le dossier devient très solide. Si le remboursement dépend des deux revenus, l'établissement va de nouveau examiner la stabilité du contrat court, l'ancienneté et la tenue des comptes des douze derniers mois.

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